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«La guerre devient un télétravail pour employés de bureau»
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FreakShowFactor
Bene Gesserit


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MessagePosté le: 21 Mai 2013 13:43     Sujet du message: «La guerre devient un télétravail pour employés de bureau» Répondre en citant


Interview Dans «Théorie du drone», le philosophe Grégoire Chamayou se penche sur les questionnements juridiques et moraux soulevés par une arme qui confère une immunité physique unilatérale.
Par ALEXANDRA SCHWARTZBROD

Chercheur en philosophie au CNRS, Grégoire Chamayou vient de publier Théorie du Drone, qui se veut la suite de son précédent essai, les Chasses à l’homme. Il y expose les problèmes éthiques, psychologiques et juridiques que pose cette arme des temps modernes.

Comment un philosophe en vient-il à s’intéresser aux drones ?

Le drone, c’est un «objet violent non identifié», qui met en crise les catégories de pensée traditionnelles. Un opérateur appuie sur un bouton en Virginie, et quelqu’un meurt au Pakistan. Lorsqu’elle est écartelée entre des points aussi distants, où a lieu l’action de tuer ? Cela produit des crises d’intelligibilité dont la philosophie doit rendre compte. Ce livre, Théorie du drone, est la suite du précédent, les Chasses à l’homme : le drone armé est l’emblème des chasses à l’homme militarisées contemporaines. Et certains philosophes travaillent, aux Etats-Unis et en Israël, main dans la main avec les militaires pour développer ce que j’appelle une «nécroéthique» visant à justifier les assassinats ciblés. Il y a donc urgence à répliquer. Quand l’éthique est enrôlée dans l’effort de guerre, la philosophie devient un champ de bataille.
Les militaires auraient à ce point besoin de justifier l’usage des drones ?

Le drone apparaît comme l’arme du lâche, celui qui refuse de s’exposer. Il ne requiert aucun courage, il désactive le combat. Cela provoque des crises profondes dans les valeurs guerrières. Or les militaires ont besoin de justifications. C’est là qu’interviennent les «éthiciens militaires» : leurs discours servent à abaisser les coûts réputationnels associés à l’emploi d’une arme perçue comme odieuse. Et ceci quitte à mettre le sens des mots sur la tête, puisqu’ils affirment que le drone - engin sans homme à son bord - est la plus humaine des armes…

Comment les Américains en sont-ils venus à développer l’usage des drones ?

Après le 11 Septembre, Bush déclarait que les Etats-Unis étaient entrés dans une nouvelle forme de guerre : une chasse à l’homme internationale. Ce n’était pas qu’un slogan. Des stratèges ont défini la doctrine correspondante. Une doctrine non plus axée sur le combat, mais sur la traque. L’idée est de s’arroger le droit de poursuivre les proies partout dans le monde, au mépris des frontières. Le drone «chasseur tueur» est aujourd’hui l’instrument de la doctrine antiterroriste officieuse de la Maison Blanche : tuer plutôt que capturer. Avec un drone, vous ne pouvez pas faire de prisonnier. Quand Obama dit qu’il veut fermer Guantánamo, c’est qu’il a choisi le drone Predator à la place. On règle le problème de la détention arbitraire par l’exécution extrajudiciaire.

La question qui se pose, c’est celle du droit de tuer du souverain démocratique. Depuis que les drones ont servi à tuer des citoyens américains, le débat est très vif aux Etats-Unis. A partir du moment où, hors du cadre de la légitime défense, on peut tuer ses propres citoyens à l’étranger, où est la limite ? Est-ce que ce type d’armes peut, par exemple, être utilisé sur le territoire national ? Les projets de drones policiers pointent leur nez… C’est ainsi qu’on voit se constituer, aux Etats-Unis, un arc contestataire large, rassemblant les défenseurs des libertés, la gauche antiguerre, mais aussi la droite libertarienne.
En France, étrangement, il n’y a pas de débat sur le sujet…

L’opinion publique est très peu informée. Pourtant, Jean-Yves Le Drian veut acheter des Reaper américains, c’est-à-dire des drones chasseurs-tueurs, pas des drones de surveillance ! Ils seront vendus non armés, nous dit-on, mais c’est la condition pour accélérer la procédure d’exportation. Il suffira de les équiper ensuite. Et ce qui m’inquiète, c’est que ce type de décisions ne fait pas débat. Si un ministre de la Défense avait annoncé son intention d’importer les techniques de torture de la CIA, il aurait provoqué un tollé ! Un gouvernement ne peut pas décider d’adopter de telles armes sans débat. Y compris dans le détail, il y a des questions qui se posent : qui va former les opérateurs ? Depuis quel pays vont-ils commander leurs appareils ? S’ils sont formés par les Américains, cela signifie-t-il que la France va adopter le même genre de stratégie ?

A quelle stratégie faites-vous allusion ?

Le drone est devenu l’arme par excellence de la guerre contre-insurrectionnelle à l’américaine. On passe d’un paradigme terrestro-centré à un modèle aéro-centré : contrôle par les airs plutôt qu’occupation. On le sait peu en France, mais il y a actuellement un débat intense parmi les stratèges américains de la contre-insurrection. Certains demandent même un moratoire sur l’usage des drones, à l’image de David Kilcullen, ancien conseiller du général Petraeus. Leur inquiétude, c’est qu’on est en train de remplacer une stratégie par un gadget, en sous-estimant les effets contre-productifs sur les populations. En imposant une terreur indiscriminée, les drones, inaptes à «gagner les cœurs et les esprits», alimentent paradoxalement la menace que l’on prétend éradiquer. Ce que rétorquent les partisans de la contre-insurrection par les airs, c’est qu’il suffit de «tondre» régulièrement : dès que des têtes repoussent, on les tue. On promet une guerre sans défaite, mais ce sera aussi une guerre sans victoire…

A-t-on assez de recul sur cette forme de guerre pour pouvoir en tirer des enseignements ?

Oui, en un sens, on a la chance d’avoir plus de dix ans de recul. Au Kosovo, en 1999, le drone n’était qu’un instrument de surveillance et de reconnaissance. Le Predator repérait les cibles, mais il ne pouvait pas tirer. C’est là qu’émerge l’idée de l’équiper de missiles antichars. Au moment du 11 Septembre, l’arme était prête, le Predator était devenu un prédateur. Or cette généalogie est très instructive : le Kosovo, c’est la guerre aérienne à zéro mort dans son camp. L’Otan avait décidé de faire voler ses avions à 15 000 pieds [environ 4 500 m, ndlr], hors d’atteinte des tirs ennemis, au détriment de la précision des frappes : on mettait les vies des pilotes au-dessus des vies des civils kosovars qu’on était censés protéger. Les théoriciens de la guerre juste furent scandalisés par ce nouveau principe d’immunité du combattant national. Le philosophe Michael Walzer s’interrogeait à l’époque : la guerre sans risques est-elle permise ? Il citait Camus : on ne peut pas tuer si on n’est pas prêt à mourir. Il y a une crise métajuridique du droit de tuer.
Qu’entendez-vous par là ?

La guerre se définit comme un moment durant lequel, sous certaines conditions, l’homicide est décriminalisé. Si l’on concède à l’ennemi le droit de nous tuer impunément, c’est parce que l’on entend avoir le même droit à son égard. Cela se fonde sur un rapport de réciprocité. Mais que se passe-t-il lorsque cette réciprocité est annulée a priori, dans sa possibilité même ? La guerre dégénère en abattage, en exécution.

Une question se pose pour l’administration américaine : dans quel cadre légal ces frappes ont-elles lieu ? Quand on le lui demande, elle refuse de répondre. Du coup, quels seraient les cadres légaux envisageables ? Il y en a juste deux. Le premier, c’est le droit des conflits armés, où l’usage d’armes de guerre n’est licite que dans des zones de conflit armé. Le problème, c’est que les frappes américaines au Yémen, au Pakistan, etc., ont lieu hors zone de guerre. Autre principe : il est interdit à des civils de prendre part à des conflits armés. Or, une grande partie des frappes de drones, aux Etats-Unis, sont opérées par des gens de la CIA (des civils). Ils pourraient donc être poursuivis comme criminels de guerre. Le second cadre possible, c’est le law enforcement, en gros, le droit de police. Mais, là, il faut une gradation dans la force : capturer plutôt que tuer - n’utiliser la force létale qu’en dernière extrémité, face à une menace directe, écrasante, imminente. Or, avec le drone, il n’y a pas de gradation possible : soit on s’abstient, soit on tue. L’administration américaine est prise dans un dilemme juridique, d’où son silence gêné…

Mais la précision des drones ne permet-elle pas de mieux cibler ?

Le droit des conflits armés impose aux belligérants de ne cibler directement que des combattants, pas des civils. Les partisans des drones affirment que, grâce à leur «veille persistante», ils permettent de mieux établir cette distinction. Sauf que, lorsqu’on remplace les troupes au sol par des drones, il n’y a plus de combat. A quoi peut-on alors voir la différence, à l’écran, entre la silhouette d’un non-combattant et celle d’un combattant sans combat ? A rien. On ne peut plus la constater, seulement la soupçonner. De fait, la majorité des frappes américaines ont lieu contre des individus dont on ne connaît pas l’identité exacte. En croisant des cartes d’itinéraires, des relevés d’appels téléphoniques, on établit des profils. C’est la méthode du pattern of life analysis : votre mode de vie nous dit qu’il y a, mettons, 90% de chance que vous soyez un militant hostile, donc nous avons le droit de vous tuer. Mais là, on glisse dangereusement de la catégorie de combattants, à celle, très élastique, de militants présumés. Cette technique de ciblage implique d’éroder le principe de distinction, pierre angulaire du droit international.

Est-ce là le seul danger ?

Un des principaux arguments des politiques, c’est la préservation des vies nationales : même les militaires ne mourront plus ! Mais, à partir du moment où les vies militaires se dérobent à l’ennemi, sur quel type de cibles les représailles vont-elles se déplacer ? Sur les civils… Des attentats par drone amateur, à moyen terme, c’est un scénario vraisemblable…

Il y a aussi la question du contrôle démocratique. Kant dit que la décision de la guerre doit être prise par les citoyens. Parce qu’ils sont les instruments de la guerre, comme ils en paieront le prix, ils vont décider avec circonspection, et limiter le recours à la force armée. C’est la théorie, très optimiste, du pacifisme démocratique. Mais vous voyez que le drone perturbe ce beau schéma. Quand un agent peut externaliser les coûts de sa décision, il tend à décider à la légère : c’est l’effet pervers de «l’aléa moral». La théorie du pacifisme démocratique se retourne alors en militarisme démocratique. Le drone apparaît en ce sens aussi comme un remède aux contestations politiques internes des guerres impériales. Les stratèges américains qui ont préconisé la généralisation de ces armes avaient clairement cet agenda en tête après les échecs au Vietnam.
L’engouement pour cette arme fait aussi penser aux jeux vidéo…

Il y a en effet tout un discours qui critique la «mentalité Playstation» des opérateurs de drones mais, pour moi, c’est un cliché, j’essaie d’affiner l’analyse. Souvent, quand on fait cette critique, on ajoute : «Ils ne savent pas qu’ils tuent». Il est évident qu’ils savent qu’ils tuent ! La question, c’est plutôt : à partir de quel savoir le savent-ils ? En quoi cette technique produit-elle une forme d’expérience spécifique de l’homicide ? Il y a des effets d’amortisseur moral : on voit juste assez pour tuer, mais pas tout : ni le visage, ni les yeux. Surtout, on ne se voit jamais dans le regard de l’autre. C’est une expérience disloquée, hémiplégique. Les opérateurs cloisonnent, ils tuent la journée et rentrent à la maison le soir. La guerre devient un télétravail, accompli par des employés de bureau, très loin des images à la Top Gun. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que les premières contestations du drone aient été le fait de pilotes de l’Air Force. Ils refusaient la déqualification de leur travail, mais ils luttaient aussi pour le maintien de leur prestige viril…

A propos de virilité, le nom technique donné au drone prête à sourire, si l’on peut dire…

Les noms sont révélateurs. Predator, c’est le prédateur, Reaper, la faucheuse. Ce sont des images de bêtes de proie. Il y a aussi ce tee-shirt à la gloire du Predator sur lequel on peut lire : «Vous pouvez toujours courir, mais vous mourrez fatigué.» En anglais, drone se dit unmanned vehicle, ce qui signifie littéralement «des-hommé», mais on pourrait dire aussi «dévirilisé». Il est en effet cocasse qu’une catégorie de drones ait été baptisée «Male», pour Medium Altitude Long Endurance en anglais (moyenne altitude et longue endurance en français)… Une étiquette prometteuse, sans doute, mais cela suffira-t-il à les faire accepter ?

http://www.liberation.fr/monde/2013/05/19/la-guerre-devient-un-teletravail-pour-employes-de-bureau_904153
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MessagePosté le: 21 Mai 2013 14:14     Sujet du message: Répondre en citant
Un topic pour ferns !
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Bene Gesserit


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MessagePosté le: 21 Mai 2013 14:49     Sujet du message: Répondre en citant
stella maris a écrit:
Un topic pour ferns !


te lire me suffit amplement, mais c'est gentil tout plein... Bizou
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DeNieD
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MessagePosté le: 21 Mai 2013 18:29     Sujet du message: Répondre en citant
Très très bonne approche d'une arme à l'efficacité très opaque et aux conséquences imprévisibles sur moyen et long terme...

Un reaper utilisé pour la surveillance? Il est marrant notre ministre de la défense, en même temps il allait pas dire qu'on allait l'utiliser en version armée.
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DeNieD
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MessagePosté le: 21 Mai 2013 18:48     Sujet du message: Répondre en citant
Quand à la filiation possible avec le jeu vidéo, j'avais vu un reportage où un opérateur travaillait avec... Une manette X-box...
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MessagePosté le: 22 Mai 2013 0:13     Sujet du message: Répondre en citant
Intéressant, ce chercheur philosophe restitue assez bien l'état du débat aux USA sur l'usage des drones, où Obama a considérablement augmenté la cadence de leur usage (plusieurs milliers d'assassinats "ciblés" et autant de victimes collatérales).
Mais il ne dit que toutes les armées rêvent de posséder ce genre d'engins, qui ne sont jamais que des avions pilotés à distance, et qui donc coutent moins cher à l'usage, meme si le ticket d'entrée (la technologie et l'infrastructure) n'est pas à la portée de tous :USA loin devant, Israel assez bien, Chine fait des progres mais c'est pas clair si c'est de l'esbroufe, Europe patauge, les russes absents.

Donc si Le Drian parle d'acheter des Reaper non armés c'est que les américains ne les vendent pas armés voire pas, tout court. Toutes les armées seraient pretes à l'acheter, c'est effectivement idéal pour la guerre contre insurrectionnelle. Bref il n'y a pas de débat en France car on n'a pas la technologie, on n'est pas prets de l'avoir et meme si on l'avait on ne serait pas en état de tomber dans les exces qui suscitent le débat américain.
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FreakShowFactor
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MessagePosté le: 22 Mai 2013 0:29     Sujet du message: Répondre en citant
J'avais entendu à la radio un très bon exposé du problème de l'armée privatisée. C'est le même principe. Les morts d'une société privée sont invisibles pour le grand public et les américains ont compris tout l'intérêt pour éviter une trop grande opposition de la part de l'opinion publique (comme ce fût le cas au Vietnam).

Ça pose de vrais problèmes en matière de nature d'engagement. De la privatisation de la guerre à la guerre privée il y a un glissement certain.
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MessagePosté le: 23 Mai 2013 12:25     Sujet du message: Répondre en citant
FreakShowFactor a écrit:
J'avais entendu à la radio un très bon exposé du problème de l'armée privatisée. C'est le même principe. Les morts d'une société privée sont invisibles pour le grand public et les américains ont compris tout l'intérêt pour éviter une trop grande opposition de la part de l'opinion publique (comme ce fût le cas au Vietnam).

Ça pose de vrais problèmes en matière de nature d'engagement. De la privatisation de la guerre à la guerre privée il y a un glissement certain.


oui il y a ca et ce qui est "interessant" avec les drones (et a terme avec les robots guerriers) c'est l'extension du concept de zero mort, ce qui bouleverse fondamentalement les principes de la guerre, censée s'arreter lorsqu'un ou les deux camps en ont assez de ramener des cadavres à la maison : avec les drones la perspective d'une guerre perpetuelle se rapproche, et quoi de mieux que la fumeuse "war on terror" sans début ni fin pour la mettre en oeuvre.
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stella maris
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MessagePosté le: 23 Mai 2013 12:34     Sujet du message: Répondre en citant
Concept à la limite de l'abstrait Freedent
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DeNieD
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MessagePosté le: 23 Mai 2013 12:51     Sujet du message: Répondre en citant
A ceci près que les frappes sont passées à nouveau sous la coupe du pentagone, et plus de la CIA, si je ne me trompe pas, faisant ainsi repasser ce genre d'opérations sous une coupe militaire et peut-être moins opaque. Néanmoins oui, les "dommages" collatéraux et les "vocations" suscitées par les conséquences de ces opérations nous promettent un avenir radieux...
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MessagePosté le: 23 Mai 2013 12:54     Sujet du message: Répondre en citant
Ils vont recruter chez les gamers tu crois ? Freedent
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DeNieD
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MessagePosté le: 23 Mai 2013 13:01     Sujet du message: Répondre en citant
Aucune idée mais il parait que Call of duty peut servir "d'appel d'offre" pour l'armée... Et que cette virtualisation des opérations militaires peut déplaire à certains instructeurs d'infanterie, cantonnées, eux, dans le réel que l'on connait.

Pour ce qui est des smp (armées privées), ça fait un moment que je bosse dessus, et l'invisibilité médiatique et sociale des morts n'est qu'un problème d'importance toute relative quand à ce phénomène.


Dernière édition par DeNieD le 23 Mai 2013 14:15 ; édité 1 fois
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MessagePosté le: 23 Mai 2013 13:29     Sujet du message: Répondre en citant
DeNieD a écrit:
Aucune idée mais il parait que Call of duty peut servir "d'appel d'offre" pour l'armée... Et que cette virtualisation des opérations militaires peut déplaire à certains instructeurs d'infanterie, cantonnées, eux, dans le réel que l'on connait.

Pour ce qui est des smp (armées privées), ça fait un moment que je bosse dessus, et l'invisibilité des morts n'est qu'un problème d'importance toute relative quand à ce phénomène.


Oui j'imagine qu'il y a beaucoup d'autres problèmes liés. Du genre lobbying qui s'ajoute à celui des industriels de l'armement. Sauf que l'armement peut toujours renouveler ses contrats en apportant de nouvelles technologies, tandis qu'une "armée privée" ne peut faire son beurre que s'il y a la guerre ou au moins une situation d'instabilité.

Mais dis-nous tout Denied
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MessagePosté le: 23 Mai 2013 14:00     Sujet du message: Répondre en citant
FreakShowFactor a écrit:
DeNieD a écrit:
Aucune idée mais il parait que Call of duty peut servir "d'appel d'offre" pour l'armée... Et que cette virtualisation des opérations militaires peut déplaire à certains instructeurs d'infanterie, cantonnées, eux, dans le réel que l'on connait.

Pour ce qui est des smp (armées privées), ça fait un moment que je bosse dessus, et l'invisibilité des morts n'est qu'un problème d'importance toute relative quand à ce phénomène.


Oui j'imagine qu'il y a beaucoup d'autres problèmes liés. Du genre lobbying qui s'ajoute à celui des industriels de l'armement. Sauf que l'armement peut toujours renouveler ses contrats en apportant de nouvelles technologies, tandis qu'une "armée privée" ne peut faire son beurre que s'il y a la guerre ou au moins une situation d'instabilité.

Mais dis-nous tout Denied


La problématique majeure, à mon sens, des smp et des contractors, ce sont leurs statuts juridiques, qui se perdent souvent, et à dessein, dans les méandres du droit international.

Cette situation floue ne leur confère pas du tout le même statut qu'un soldat d'une armée régulière (application des conventions de Genève-hors opérations spéciales et black ops, possibilité de paraitre en court martiale ou devant un tribunal de guerre ou le TPI- non reconnu par les USA si je ne me trompe pas).

Et ceci est donc la porte ouverte à tous les débordements, par exemple, quand un soldat US commet un drive-by en Afghanistan et tue 16 personnes, il passe devant un tribunal et se retrouve passible de la peine de mort. Idem pour les militaires d'Abu Graib, qui ont effectué de la prison, alors qu'à contrario, les mecs de blackwater qui sécurisaient ladite prison n'ont jamais été inquiétés (et pour cause, ils disposaient d'un statut juridique particulier).

Pour ce qui est des opérations smp, ils n'ont pas besoin d'avoir systématiquement besoin de conflits de moyenne ou basse intensité pour taffer. Comme dans tout milieu qui effectue des prestations chiffrées, il y a des smp haut de gamme (style Gallice en France, fondée par un ancien DGSE et un ancien GIGN), ou Craft aux USA (qui a été déployée aux côtés de la garde nationale pendant le marathon de Boston, alimentant ainsi les délires de nos amis conspis).
Il y a donc des contrats bas de gamme (sécurisation des centrales nucléaires civiles aux USA par exemple), et des trucs bien plus chauds (sécurisations des prisons secrètes de la CIA en Afghanistan pour Eric Prince, le fondateur de feu blackwater, à hauteur de 500 M USD/an). C'est donc un marché avec différentes gammes de services et de compétences. Tu peux avoir des gens qui ont une très grosse expérience dans des corps d'élites réguliers qui vont bosser pour de très grosses smp (avec des salaires 10 fois supérieurs à ceux de mili réguliers), et des pauvres gurkas qui vont aller risquer leur peau pour 450 euros/mois en Afghanistan.

Pour ce qui est de l'armement, de la commercialisation des nouvelles technologies en la matière, ce n'est pas du tout le même univers que les smp, ni les mêmes problématiques. Disons que le commerce des armes est plus rentable que celui des fleurs et de la culture, et que cela sied parfaitement aux dirigeants américains, russes et européens...


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MessagePosté le: 23 Mai 2013 15:38     Sujet du message: Répondre en citant
DeNieD a écrit:
FreakShowFactor a écrit:
DeNieD a écrit:
Aucune idée mais il parait que Call of duty peut servir "d'appel d'offre" pour l'armée... Et que cette virtualisation des opérations militaires peut déplaire à certains instructeurs d'infanterie, cantonnées, eux, dans le réel que l'on connait.

Pour ce qui est des smp (armées privées), ça fait un moment que je bosse dessus, et l'invisibilité des morts n'est qu'un problème d'importance toute relative quand à ce phénomène.


Oui j'imagine qu'il y a beaucoup d'autres problèmes liés. Du genre lobbying qui s'ajoute à celui des industriels de l'armement. Sauf que l'armement peut toujours renouveler ses contrats en apportant de nouvelles technologies, tandis qu'une "armée privée" ne peut faire son beurre que s'il y a la guerre ou au moins une situation d'instabilité.

Mais dis-nous tout Denied


La problématique majeure, à mon sens, des smp et des contractors, ce sont leurs statuts juridiques, qui se perdent souvent, et à dessein, dans les méandres du droit international.

Cette situation floue ne leur confère pas du tout le même statut qu'un soldat d'une armée régulière (application des conventions de Genève-hors opérations spéciales et black ops, possibilité de paraitre en court martiale ou devant un tribunal de guerre ou le TPI- non reconnu par les USA si je ne me trompe pas).

Et ceci est donc la porte ouverte à tous les débordements, par exemple, quand un soldat US commet un drive-by en Afghanistan et tue 16 personnes, il passe devant un tribunal et se retrouve passible de la peine de mort. Idem pour les militaires d'Abu Graib, qui ont effectué de la prison, alors qu'à contrario, les mecs qui blackwater qui sécurisaient ladite prison n'ont jamais été inquiétés (et pour cause, ils disposaient d'un statut juridique particulier).

Pour ce qui est des opérations smp, ils n'ont pas besoin d'avoir systématiquement besoin de conflits de moyenne ou basse intensité pour taffer. Comme dans tout milieu qui effectue des prestations chiffrées, il y a des smp haut de gamme (style Gallice en France, fondée par un ancien DGSE et un ancien GIGN), ou Craft aux USA (qui a été déployée aux côtés de la garde nationale pendant le marathon de Boston, alimentant ainsi les délires de nos amis conspis).
Il y a donc des contrats bas de gamme (sécurisation des centrales nucléaires civiles aux USA par exemple), et des trucs bien plus chauds (sécurisations des prisons secrètes de la CIA en Afghanistan pour Eric Prince, le fondateur de feu blackwater, à hauteur de 500 M USD/an). C'est donc un marché avec différentes gammes de services et de compétences. Tu peux avoir des gens qui ont une très grosse expérience dans des corps d'élites réguliers qui vont bosser pour de très grosses smp (avec des salaires 10 fois supérieurs à ceux de mili réguliers), et des pauvres gurkas qui vont aller risquer leur peau pour 450 euros/mois en Afghanistan.

Pour ce qui est de l'armement, de la commercialisation des nouvelles technologies en la matière, ce n'est pas du tout le même univers que les smp, ni les mêmes problématiques. Disons que le commerce des armes est plus rentable que celui des fleurs et de la culture, et que cela sied parfaitement aux dirigeants américains, russes et européens...


J'ai suivi en mars un cycle de formation au droit international humanitaire dispensé par la Croix-Rouge, il y a en effet une multiplicité de problèmes juridiques qui est posée par l'emploi de ces armées privées et de leur statut en cas de capture : civils ou combattants belligérants ? Le droit applicable n'est pas le même selon le cas.
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