« Parler pour ne rien dire », c'est sur cette phrase, qui pourrait définir le dangereux gouffre par-dessus lequel est tendue la corde où se doit d'évoluer le musicien d'ambient minimal, que s'entame cette rondelle sonore dont la présentation va du fougueux baiser d'un couple au regard serein d'un chat noir et songeur. Une atmosphère qui peut faire penser aux productions d'Active Suspension, lancinante et vibrante, tantôt douce, tantôt râpeuse, toujours assurée ( Breath Pulse ). Dès la seconde plage ( DOS formatted – bigre, ça sent mauvais, on espère que l'artiste breton n'a pas pécho d'autres virus que celui de la sculpture sonore), ça vire dans les glitchs avec un fond de piano légèrement désaccordé, le tout allant chercher bien plus cette fois du côté de chez Mille Plateaux ; à rapprocher de la très jolie Lazy technic située un peu plus loin sur le CD et surtout du très beau et quasi breakcoreux Narta groove - un morceau qui permet de ne pas sentir la sueur 24h/24 et n'est pas sans évoquer le touche-à-tout strasbourgeois Isobrown). C'est naturellement que s'installe ensuite En mauvais termes militaires au sein duquel une trame électronique similaire se déploie derrière un même accord de guitare égrené et celui de samples narrant le drame des enfants soldats. Sans transition, retour trente-sept ans en arrière maintenant, nous sommes dans un Hexagone pas encore chiraquien mais déjà gaulliste, Mai 68 jette ses pavés dans les vitrines du Boul Mich' et du Boulevard Saint-Germain or, hommage ou pas, des sonorités GRM éclatent concomitamment au milieu des gaz policiers à travers vos enceintes ( Flash ton BIOS , drôle de titre informatique pour ce morceau, mazette, Frank KmF a dû passer un certain temps chez les Chinois de Montgallet à l'époque de la compostion du disque, ma parole !). Sans se presser, on passe alors le court Pont bleu qui nous ramène au temps présent au moyen de sonorités filmiques, bien contrebalancées par les timbres granuleux et les sifflements sous-jacents de la capiteuse Psycho vibration . Ces agapes ambientées s'achèvent enfin avec Sine on my pulse , de belles nappes entrecoupées de carillons inversés, qui synthétisent joliment l'ensemble de cet album parfaitement maîtrisé. Je ne sais pas si ce musicien, par ailleurs supporter fanatique du Drapeau de Fougères et graphiste à ces heures, en est à son premier essai mais cette démo en est un transformé du premier coup et haut-la-main de surcroît. Complexe, travaillé, au final simple à l'écoute pourtant, des plus apaisants à tout moment, on ne saurait que recommander ce franc-tireur armoricain, ce Shizuka du pays gallo.